Toutes les chances de guérir

La « perte de chance de guérir » est un concept nouveau en médecine. De quoi s’agit-il ? On pourrait imaginer qu’il est évoqué par le corps médical afin que les patients puissent bénéficier de toutes les solutions thérapeutiques capables de résoudre leurs problèmes de santé, mais c’est tout le contraire ! En fait, cet argument est aujourd’hui employé dans deux types de situations : pour convaincre le malade réticent de se soigner avec certaines molécules de synthèse, à l’exclusion de tout autre type de soins, et ce, même s’il s’expose ainsi à des effets secondaires redoutables. Ou bien pour accuser un thérapeute d’avoir fait « perdre une chance » de guérison à son patient en prenant l’initiative d’arrêter tel ou tel médicament chimique, toujours considéré comme seul indispensable.


Cette situation se rencontre tous les jours et pose à l’évidence une question éthique. Car il faut être bien sûr de soi pour décider que tel ou tel moyen thérapeutique sera suffisant à l’exclusion de tout autre. Soyons logiques : si les médicaments dont nous disposons aujourd’hui étaient totalement efficaces pour guérir, la question de la « perte de chance » ne se poserait pas. Et si ces mêmes médicaments étaient totalement dénués d’effets secondaires, tous les malades accepteraient leur utilisation sans rechigner et seraient guéris. Mais ce n’est pas le cas…

Ainsi, la perte de chance de guérir, aujourd’hui argument massue du « médicalement correct », pourrait bien se retourner un jour contre ses inventeurs. Car un jour viendra où les patients auront le droit de reprocher à ceux qui s’occupent du consensus médical de ne pas s’être intéressés aux effets bénéfiques des médecines alternatives. Ne pas accepter la phytothérapie, l’acupuncture, la nutraceutique, la psychothérapie ou l’ostéopathie comme méthode de soins, c’est aussi priver le patient de chances de guérir.

On répond à cet argument que les méthodes naturelles ne sont pas suffisamment validées. Normal, puisqu’on fait en sorte qu’elles ne soient pas étudiées ! Quant aux médecins qui pourraient exercer leur liberté de prescrire, ils ne tiennent pour vrai que ce que l’industrie pharmaceutique leur présente et, ce faisant, ils oublient d’écouter ce que les patients ont à dire. Dans toute l’histoire de la médecine, cette attitude fut la principale cause de stagnation et d’obscurantisme sectaire. Ouvrons un peu les yeux. Si de plus en plus de personnes ont recours à des soins parallèles et s’intéressent à une médecine naturelle, c’est que le bouche-à-oreille, à tort ou à raison, est désormais plus convaincant que l’institution médicale.

La « perte de chance de guérir » est un concept auquel nous, qui sommes convaincus de l’efficacité des médecines alternatives et qui aimons la médecine, souscririons avec joie à condition qu’il englobe toutes les méthodes qui ont été avérées par l’usage populaire, par l’observation. La médecine est un art factuel, basé sur des faits et pas sur des a priori ou des croyances. Et ce n’est qu’en appliquant à la lettre cette définition que les malades auront toutes les chances de guérir.