Maladies cardio-vasculaires : en lien étroit avec les émotions

Interview de Naïma Bauplé.

Docteur en médecine, diplômée en homéopathie, en phytothérapie et en nutrithérapie, elle est membre de la Société de médecine nutritionnelle depuis sa création en juin 1999.

De plus en plus de thérapeutes pensent que nos maladies ont un lien avec nos émotions. Êtes-vous d’accord avec eux ?

Je ne suis pas une intégriste sur ce sujet, mais il est prouvé scientifiquement que notre bonne santé organique est étroitement corrélée à nos émotions. Dans le cadre des maladies cardio-vasculaires en particulier, le lien avec l’affectif est déterminant.

À quelles études scientifiques faites-vous référence ?

Une étude réalisée par les Drs Medalie et Golbourt, parue dans la revue « American Journal of Medicine » a révèlé que parmi une population d’hommes atteints de maladies cardio-vasculaires (angine de poitrine, infarctus du myocarde, hypertension…) auxquels les auteurs avaient posé les questions « Votre épouse vous aime-t-elle ? » et « Vous manifeste-elle son amour ? », ceux qui avaient répondu par « Oui » avaient moins de symptômes et de manifestations cliniques que les autres. Et, plus ils cumulaient un nombre important de ces facteurs de risque (stress, cholestérol, hypertension artérielle), plus l’amour de leur femme semblait les protéger alors que statistiquement ils auraient dû avoir une mortalité plus grande !... A contrario, ceux qui avaient répondu « Non ma femme ne m’aime pas ! » étaient exposés à une mortalité plus grande et ont développé trois fois plus de complications cardiaques et d’ulcères gastroduodénaux que les autres.

Les carences en amour favoriseraient donc les problèmes cardiaques?

Elles sont certainement un facteur aggravant. Les cardiologues et les psychiatres, étudiant ces problèmes, ont pu établir que le stress émotionnel est un facteur de risque plus important que la cigarette en ce qui concerne les maladies du cœur. Deux études récentes – d’une part celle de Frasure-Smith, Lesperance parue dans « Circulation » et d’autre part, celle de Glassman et Shapiro parue dans « American Journal of Psychiatry » – montrent un aspect méconnu mais fondamental : « Une dépression avérée et consécutive à un infarctus prédit le décès du patient dans les six mois suivants avec plus de précision que toute mesure de la fonction cardiaque ».

Comment peut-on expliquer ce phénomène d’un point de vue médical ?

Quelle que soit sa nature, chaque traumatisme émotionnel s’inscrit dans la mémoire et est ainsi capable de resurgir de manière incontrôlable à la moindre évocation. C’est ce que les psychiatres nomment l’État de stress post traumatique (ESPT). À l’évocation de cette douleur, le cerveau émotionnel commande la libération de certaines substances qui vont nous faire ressentir physiquement le stress : palpitations, sueur, anxiété, angoisses, spasmes intestinaux… Et ce sont ces substances (catécholamines, cortisol, adrénaline) qui vont provoquer des dégâts importants au niveau cardiovasculaire. Ces substances vont agresser tous nos organes sans qu’on puisse s’y opposer si on n’a pas précédemment acquis et suffisamment pratiqué une technique de gestion du stress de manière consciente et volontaire.

Existe-t-il des solutions simples à mettre en œuvre ?

La première, et la plus urgente, est d’acquérir une technique de gestion du stress à travers des méthodes comportementales et cognitives*.
La seconde solution, complémentaire et tout aussi importante, est la prise régulière de magnésium et d’acides gras essentiels en compléments alimentaires. Le magnésium sera préféré sous forme colloïdale ou de sel liposoluble (glycérophosphate, picolinate ou pidolate par exemple) et toujours associé à ses fixateurs (vitamines du groupe B : 2, 5, 6, 8 et taurine). Je prescris généralement une formule (Antiox-stress) que j’ai moi-même mise au point
Les acides gras essentiels (AGE) seront recherchés sous forme concentrée et en qualité pharmaceutique. Je prescris la formule « Cardostress 1 » qui contient 90 % d’AGE avec un rapport EPA/DHA de 7 à raison de 3 capsules par jour. Les acides gras essentiels ont une action régulatrice sur les troubles du rythme cardiaque survenant au décours d’un infarctus et souvent responsables de mort subite. Ils ont de plus, de remarquables propriétés sur l’anxiété et les états dépressifs.
Parallèlement, s’impose la prise d’une formule antioxydante/antiradicalaire, riche en sélénium car cet élément est bénéfique pour le myocarde en cas d’insuffisance cardiaque.

Préconisez-vous aussi un régime alimentaire ?

Au plan alimentaire, l’essentiel est la diversité et l’équilibre. S’il le faut, l’huile de périlla viendra compléter l’action cardioprotectrice de l’huile d’olive. Pour les personnes de moins de 70 ans, il est recommandé une prise quotidienne d’une à deux cuillérées à soupe, toujours à froid, dans les salades et/ou sur les légumes cuits lorsque ceux-ci sont versés dans l’assiette, juste avant d’être consommés.

*AFTCC : Association française de thérapie comportementale et cognitive • 100 rue de la Santé • 75014 Paris. Tél. 01 45 88 78 60