L’agriculture bio française dans la nasse

Qui sont les as de l’agriculture bio dans le monde ? L’Australie, la Chine et l’Argentine. Et en Europe ? L’Italie, l’Allemagne, l’Espagne et le Royaume-Uni. Et la France alors? Elle qui est si fière de son statut de « grenier de l’Europe », où est-elle ? Elle a simplement laissé passer sa chance. Elle perd des places chaque année et se classe, selon les derniers chiffres disponibles, en 12e position parmi les pays producteurs…

Ce rendez-vous manqué a plusieurs causes. La première, souvent évoquée, est le faible engagement des pouvoirs publics français en faveur de la bio. Le dispositif complexe des aides à la conversion n’a cessé d’être modifié au fil des ans et demeure, au final, peu efficace (en gros l’État verse 5 500 euros chaque année et pendant cinq ans aux agriculteurs bio). En comparaison, les Italiens font preuve de plus d’audace, ce qui les amène aujourd’hui à la première place européenne.
Mais il ne faut pas exonérer pour autant la filière agricole de toute responsabilité. Lourdement endettés, accros aux produits phytosanitaires et aveuglés par les sacro-saints rendements, les agriculteurs n’ont pas voulu, ou pu, prendre le risque de se convertir et ils paient aujourd’hui l’addition. Il faut ajouter que, mis à part quelques « éveillés », ils ne comprennent rien au concept « bio ». Pour eux, l’agriculture bio, c’est le lait, les œufs, le poulet, la viande ou le blé ; un contresens évident pour qui connaît l’impact de ce type d’aliments sur la santé. Si l’agriculture bio nous échappe, c’est parce que nous n’en avons pas compris le sens.
Et, malheureusement, le retard que nous avons déjà pris ne sera jamais rattrapé.