Le perce-neige ralentit Alzheimer

Jusqu’ici, le perce-neige était seulement connu des amoureux de la nature parce que sa fleur est la première à apparaître, dès la mi-janvier, dans les bois et sur les talus. Aujourd’hui cette plante est encensée par les scientifiques qui ont découvert dans son bulbe un précieux alcaloïde, la galanthamine. Administré à des personnes atteintes d’Alzheimer, cet extrait du perce-neige retarde le développement des troubles comportementaux et des symptômes psychiatriques et maintient l’autonomie.

L’usage traditionnel de la galanthamine remonte à l’antiquité. Dans l’Iliade et l’Odyssée, Homère décrit comment Ulysse, roi d’Ithaque, fût, lors d’un banquet, empoisonné par la magicienne Circée – vraisemblablement avec un extrait de datura, un puissant anti-cholinergique. Le Dieu Hermès lui conseilla le perce-neige comme antidote !

Où l’on découvre un précieux alcaloïde dans le perce-neige

Au début des années 1950, ces usages populaires et la mise en évidence de la fonction insecticide de la galanthamine dans la plante – elle inhibe l’enzyme acétylcholine estérase provoquant ainsi un blocage du système nerveux des insectes – ont attiré l'attention sur les perce-neige. Dès 1956, un scientifique bulgare, Paskov, isole cet alcaloïde dans le bulbe du perce-neige (Galanthus nivalis). Il l’étudie et en tire un traitement (baptisé Nivaline) qui sera utilisé dans des indications neurologiques et neuro-musculaires.

Parallèlement, les thérapeutes de tous bords se sont rendus compte que la supplémentation avec des inhibiteurs de l’acétylcholinestérase (apparentés à ceux que l’on retrouve dans le perce-neige) peut enrayer le déclin de la mémoire associé au vieillissement et apporter une aide significative aux patients souffrant d’Alzheimer, une maladie qui touche les fonctions cognitives – capacité de penser, de raisonner et d'apprendre –, la personnalité et le comportement.

Améliore les fonctions cognitives

Mais ce n’est que très récemment que les scientifiques ont pu confirmer, en s’appuyant sur deux importantes études cliniques dont ils ont recoupé les résultats avec les conclusions du scientifique bulgare que la galanthamine extraite du perce-neige agit en inhibant l’acétylcholinestérase (l’enzyme qui détruit le neuro-transmetteur acétylcholine) mais aussi, d’une manière beaucoup moins conventionnelle, en stimulant les récepteurs nicotiniques – très nombreux dans les régions du cerveau affectées par Alzheimer. Ce qui a pour conséquence d’améliorer de façon significative l’apprentissage, la mémoire, l’attention et la concentration chez des patients atteints de la maladie.

La première étude, regroupant six cent trente-six patients, a montré qu’après douze mois les personnes supplémentées avec 24 mg quotidiens de galanthamine amélioraient de 1,7 point leur score sur l’échelle Adas-cog (Alzheimer’s disease assessment scale-cognitive), échelle d'évaluation de la maladie d'Alzheimer. Dans le même temps, le groupe placebo perdait deux points. En ce qui concerne la deuxième étude, réalisée sur un échantillon de neuf cent soixante dix-huit patients, les malades supplémentés avec 16 mg de galanthamine par jour ont obtenu des scores bien meilleurs que le groupe placebo quant aux symptômes cognitifs et comportementaux.

À court terme (3 à 6 mois, à raison de 16 à 24 mg/jour), la galanthamine améliore les fonctions cognitives, retarde le développement des troubles comportementaux et des symptômes psychiatriques et maintient l’autonomie. Et, plus le traitement est entrepris tôt dans le processus de la maladie, plus il sera efficace.

La galanthamine est cependant contre-indiquée lors d’insuffisances rénales et hépatiques sévères. Son temps de demi-vie (environ six heures) implique une prise toutes les douze heures, au cours d’un repas, en augmentant progressivement les doses sur huit semaines jusqu’à 24 mg/jour.