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Le mouvement régénérateur, intelligence curative du corps

L’organisme humain possède une faculté innée d’autorégulation. De lui-même, il sait cicatriser ses blessures, bâiller ou s’étirer pour libérer les tensions. Lorsque fièvre ou rhume nous assaillent, c’est encore lui qui met en œuvre ses mécanismes de défense. Ni technique, ni thérapie, ni science du comportement, le mouvement régénérateur nous enseigne comment réactiver ce système involontaire, capable de détecter l’origine des dysfonctionnements et de les régulariser.


L’être humain possède un puissant instinct vital : son rôle consiste d’abord à construire l’organisme, puis à maintenir son équilibre. Si cette force est grande au début de la vie, elle se retrouve souvent bien affaiblie à l’âge adulte pour de multiples causes. La première d’entre elles tient sans doute dans cette lutte que l’on mène systématiquement contre un symptôme, pour peu qu’il soit douloureux ou perturbant. La plupart du temps, on cherche à le faire disparaître, sans se demander s’il a une fonction. Certains de ces symptômes, pathogènes, nécessitent effectivement une intervention extérieure : ils révèlent un dysfonctionnement que le corps n’est pas – ou plus – capable de gérer seul.

Mais la plupart des maladies devraient, au contraire, être accueillies avec gratitude, car elles sont le signe que l’organisme est en train de réagir pour restaurer son équilibre : la fièvre est une réaction de défense en cas d’invasion microbienne, le rhume permet de se rétablir après un choc thermique, mais aussi de dissiper un excès de fatigue physique ou psychique. Tensions musculaires, crampes, larmes, agitation nocturne chez les enfants permettent elles aussi d’évacuer des pressions trop fortes. Ces manifestations, certes désagréables, représentent, à un moment donné, pour le corps et l’esprit, le meilleur moyen de se réguler.

Les douleurs, de bons signes

En neutralisant ces manifestations, on ne règle pas pour autant le problème. Pis, en contrariant le travail de l’organisme, on retarde sa guérison effective et on s’expose à des risques de rechute ou d’aggravation. Par exemple, une crispation au niveau maxillaire a dégénéré en hypertension artérielle après qu’un praticien mal avisé l’a traitée par un moyen mécanique : du coup, la tension interne, ne pouvant plus s’extérioriser dans les mâchoires, a cherché un autre exutoire. De même pour une affection plus répandue : le rhume. Si on perturbe son évolution naturelle en prenant des médicaments, on en ressort épuisé, alors que si on lui laisse faire son travail, on se sent remis à neuf par la suite, la peau plus transparente. La durée du rhume, qui peut varier de quelques minutes à plusieurs semaines, est une indication précieuse sur l’état de l’organisme, tout comme la vitesse de cicatrisation.
 
Plutôt que des maux, la plupart des maladies courantes représentent une réaction saine face à une anomalie. C’est au contraire leur absence qui doit inquiéter : cela signifie que l’organisme a perdu sa capacité à détecter ce qui n’est pas en ordre. Privé du signal d’alarme que représente la douleur, il ne réagit pas. Le mal fait alors son nid en silence, et lorsque les premiers symptômes apparaissent, il est souvent déjà bien avancé. Le cancer ou la dépression nerveuse font partie de ces maladies dites de désensibilisation.

Réveiller l’autoguérison

La sagesse populaire avait bien compris la valeur des affections bénignes qu’un vieux dicton illustre bien : « Pour ne pas avoir de grosses maladies, il faut en avoir de petites. » Car, au quotidien, elles sont le reflet d’un corps et d’un psychisme réactifs qui empêchent les dysfonctionnements de s’installer et de prendre de l’ampleur. Sans cette capacité à « sentir vite et réagir fort » – les deux piliers de la vraie santé – un organisme n’est plus capable de maintenir seul son équilibre.
 
Cette dégradation n’est pas irréversible et il est possible de réveiller les capacités d’autorégulation qui sommeillent en chacun de nous, d’une puissance et d’une efficacité inégalables. Rien d’étonnant à cela : cette force à l’œuvre est la même qui a su construire notre organisme, si complexe, à partir d’un simple embryon. Ce réveil, c’est ce que permet une séance de « mouvement régénérateur » qui redonne toute sa vigueur à cette capacité instinctive.

Laisser faire et accepter

Comment se déroule une séance ? Il ne s’agit pas d’une pratique au sens habituel du terme, mais plutôt d’une mise en condition. On n’adopte pas de posture spécifique : on est assis, idéalement à la japonaise (sur les talons) ou en tailleur sur un coussin, immobile, les yeux fermés. Il n’y a pas de relâchement : tout au plus un lâcher prise, sans contrôle de la respiration. Toute activité volontaire est coupée : on met de côté ses préoccupations, ses idées. Pas d’objectif à atteindre, pas de recherche spécifique : il faut simplement laisser faire et accepter. Quelques gestes techniques viendront favoriser la resensibilisation : mouvement de déblocage de la colonne vertébrale, yuki ou expiration concentrée…
 
Ainsi, on donne carte blanche au système involontaire de l’organisme –  celui qui fait battre le cœur, provoque étirements, bâillements et pleurs, expulse les corps étrangers, cicatrise les blessures, ressoude les fractures… – pour qu’il mène à bien son travail. Il saura déclencher, au moment opportun, les réactions aptes à régulariser ce qui a besoin de l’être. Ces mouvements soudains, comme les secousses physiques, les torsions, le balancement du buste, peuvent surprendre. Pourtant, ils ne font que répondre aux besoins de l’organisme : celui-ci est en effet capable de détecter, sans risque d’erreur, la cause des dysfonctionnements, et sait d’instinct ce qu’il doit faire pour les normaliser. On peut lui accorder toute notre confiance : ces mécanismes réparateurs n’agiront jamais au détriment de l’organisme qu’il a pour mission de protéger.

Des réactions instinctives

Commence alors un processus de réajustement en trois phases.
  • La détente, d’abord. Les muscles tendus se relâchent, quittant des habitudes sclérosées : la nuque tombe en avant, on peut éprouver une douce lassitude et un besoin de sommeil qu’il faut respecter.
  • L’hypersensibilisation, ensuite. Les résidus physiques et psychiques de l’histoire personnelle remontent à la surface : des symptômes dont l’origine peut dater des premières années de vie. C’est un passage obligé : un dysfonctionnement ne peut être régularisé que s’il est d’abord perçu comme tel. Durant cette phase, les douleurs et les signes désagréables (fièvre, tensions, diarrhée ou insomnie) ne sont plus considérés comme des ennemis à neutraliser : ils sont, au contraire, le signe que l’organisme perçoit de nouveau les anomalies, et qu’il est train de les rectifier.

    Ce travail instinctif, puissant et pertinent, est capable d’effectuer d’importants réajustements posturaux (repositionnement d’une vertèbre, rectification d’une cambrure) : le corps prend spontanément des postures parfois complexes, ou bien des mouvements d’une grande précision se déclenchent. Un organisme sensible connaît mieux que personne ses besoins spécifiques : s’il a conservé –  ou retrouvé  – toute sa réactivité, il déclenche de lui-même la réaction adéquate. Il le fait avec la bonne intensité et la bonne durée. Si, extérieurement, il ne se passe rien, le mouvement intérieur est en marche.
  • L’évacuation, enfin. Elle succède, de façon parfois soudaine et inattendue, à la phase d’hypersensibilisation. Une douleur ou un symptôme ancré depuis longtemps peut disparaître tout à coup sans laisser de trace.
 
Les maladies que l’on pensait chroniques disparaissent progressivement : angine, problèmes pulmonaires, digestifs, circulatoires, posturaux, moteurs, etc. On a même pu observer des cas de résorption de maladies graves (disparition de tumeur cérébrale, de symptômes d’épilepsie) : cela ne signifie pas que tout peut être guéri, mais démontre les étonnantes capacités d’autorégulation de l’organisme. La respiration redescend dans le ventre, le centre de gravité s’abaisse. Les pieds se réchauffent, la tête se rafraîchit, signes d’une meilleure répartition de l’énergie dans le corps.
 
Le mouvement régénérateur peut s’apprendre en quelques jours, lors d’un stage. On peut ensuite passer à une pratique quotidienne qui, à long terme, permet de gagner une totale autonomie. Ce nettoyage en profondeur a des conséquences sur tous les secteurs de la vie. La santé n’est plus entendue comme une absence de maladie, mais vécue comme l’état naturel d’un organisme réajusté. Sans rien faire, on retrouve une souplesse naturelle et on adopte spontanément la posture et le geste justes. Comme n’importe quel animal. 
 
 
Témoignage
« On observe son corps de l’intérieur »
Joëlle Garnier-Lin * a participé à un stage et décrit un début de séance : 
« Assis dans la quiétude, un partenaire pose la main sur notre dos, au centre de la colonne, et “expire” par cette main. C’est le yuki, ou “expiration concentrée”. Aucune technique particulière n’est utilisée, la démarche va à l’essentiel : l’écoute de cette enveloppe qui nous porte et nous abrite. On découvre des sensations nouvelles, peut-être une tendresse insoupçonnée vis-à-vis de ce corps que l’on observe de l’intérieur pour la première fois. L’animateur pose délicatement sa main sur le dos de chacun et une chaleur particulière en émane. Cette sensation m’en rappelle une autre : le contact de la main d’un ami magnétiseur. Alors certaines résistances musculaires internes, dont on n’avait pas même conscience l’instant précédent, semblent se dissoudre, et des émotions anciennes réapparaissent. Le mouvement régénérateur est loin d’être anodin, même s’il est extrêmement simple : il “remue”. Une jeune femme laisse exprimer de lourds sanglots. La séance se termine pourtant dans le calme, emplie d’une grande intensité. »
* Auteur du livre « Les disciplines du qi en France » (Éd. Le Souffle d’or).