L’agriculture bio française a laissé passé sa chance

La France a toujours figuré parmi les grandes nations agricoles, mais elle a raté le virage de la bio. Dans le monde entier, l’agriculture bio prend son essor, mais chez nous, elle régresse.
Qui sont les as de l’agriculture bio dans le monde ? L’Australie, la Chine et l’Argentine. Et en Europe ? L’Italie, l’Allemagne et l’Espagne et le Royaume-Uni. Et la France alors, si fière de son statut de “grenier de l’Europe”, où est-elle ? Elle a simplement laissé passer sa chance. Elle perd des places chaque année et se classe, selon les derniers chiffres disponibles, en 12ème position parmi les pays producteurs…
Et nous ne sommes pas prêts de redresser la barre. En Amérique du sud, le Brésil, l’Uruguay, le Chili nous surpassent déjà. En Europe de l’Est, la République Tchèque, la Hongrie, la Slovaquie, la Pologne nous talonnent. Comment avons-nous fait pour laisser échapper ce marché ?
Ce rendez-vous manqué a plusieurs raisons. La première, souvent évoquée, est le faible engagement des pouvoirs publics français en faveur de la bio. Le dispositif complexe des aides à la conversion n’a cessé d’être modifié au fil des ans et reste peu incitatif (en gros l’Etat verse 5 500 euros chaque année et pendant cinq ans aux agriculuteurs qui se lancent dans la conversion de leur exploitation en bio). En comparaison, les Italiens ont été autrement plus généreux, ce qui les amène aujourd’hui à la première place en Europe.
Mais il ne faut pas exonérer pour autant la filière agricole de toute responsabilité. Lourdement endettés, acros aux produits phytosanitaires et aveuglés par les sacro-saints rendements, ils n’ont pas voulu prendre de risque et ils en paient aujourd’hui le prix. Il faut ajouter que les agriculteurs français, dans leur immense majorité, ne comprennent rien au concept “bio”. Pour eux, la bio, c’est le lait, les oeufs, la viande ou le fourrage. Toute la filière agricole bio française s’est résolument tournée vers les protéines animales ; un contresens évident.
Si l’agriculture bio nous échappe, c’est parce que nous n’en avons pas compris l’utilité à temps. Et malheureusement, le retard que nous avons déjà pris ne sera jamais rattrapé