Faut-il avoir peur ?

La peur, en matière de santé comme ailleurs, est mauvaise conseillère. Dans le domaine des émotions, elle provoque des désordres qui fragilisent les fonctions hormonales. Il ne s’agit pas simplement de phénomènes psychosomatiques mais aussi du comportement qu’elle peut engendrer. La peur nous met en danger car elle limite le processus de jugement. Nous pouvons faire des choses que la raison nous dicterait d’éviter.


Face à une pandémie infectieuse telle que nous la vivons aujourd’hui avec la grippe A, la peur peut créer une psychose collective qui renforce en quelque sorte l’emprise de la maladie. Elle lui donne de la force. Dans les combats antiques les guerriers portaient des masques pour effrayer leurs adversaires. Ils savaient très bien qu’ainsi ils pouvaient compter sur leur affaiblissement, tant physique que moral.

Devant un agent infectieux la meilleure attitude à adopter est certainement la prudence et la prévention mais pas la peur de faire ceci ou cela. Car la peur affaiblit notre immunité. Pour ceux qui pourraient en douter, les conclusions d’une étude publiée récemment dans le Journal of Immunotoxicology ouvrent de nouveaux horizons : le stress de peur favorise le vieillissement et exacerbe la baisse des fonctions immunitaires liée à l’âge. Et lorsqu’il est associé à l’exposition à des produits tératogènes, phytosanitaires ou autres polluants, le vieillissement survenant dans un contexte de stress psychologique de peur accroît considérablement notre vulnérabilité. Nous sommes alors plus sujets que jamais aux risques de contracter une maladie.

Cette étude scientifique fait également référence aux stress maternels. Elle démontre qu’au cours de la grossesse, la peur peut modifier le mode de réaction du système nerveux de l’enfant à naître. Ce phénomène physiologique est étudié en psycho-neuro-immunologie. Il est nommé programmation ou empreinte. Tout se passe au niveau de l’hypothalamus, le centre du système sympathique et des glandes qui lui sont liées : l’hypophyse et les surrénales. Cet axe peut modifier le fonctionnement des neurones du système immunitaire. Que ce soit pendant la vie prénatale ou dès les premiers mois de vie, le stress de peur contribue à rendre les réponses immunitaires inadaptées.

Ainsi, même si la peur est parfois salutaire car elle entraîne chez l’homme et chez tous les animaux le réflexe de défense, de fuite ou de lutte qui permettra peut-être de les sauver, le stress déclenché par la peur est très nocif. Mais dans ce cas il faut être prêt et en quelque sorte isoler le mental des influences des personnes pessimistes ou défaitistes. Les idées noires, comme le disaient les Anciens, vous empoisonnent jusqu’à vous rendre malade. En période d’épidémie, soyons donc sur nos gardes, mais, surtout, restons en harmonie avec ce qu’il y a de mieux en nous.