• la phytothérapie du sommeil

Sommeil : ouvrez les yeux sur la nature

L’hiver est une invitation au sommeil. Toute la nature s’y adonne, mais quelques uns d’entre nous n’y parviennent pas. Ce qui n’est qu’un petit dérèglement passager se transforme parfois en phénomène chronique. Le corps s’épuise, l’humeur s’aigrit, la fatigue accompagne tous nos gestes et, peu à peu la dépression s’installe. La phytothérapie a pourtant accumulé une multitude de connaissances sur les problèmes de sommeil. Elle nous dit en particulier que les remèdes les plus simples sont souvent, en cette matière, les plus efficaces. Ils vous offriront enfin une nuit de rêve !


L’hiver est la saison du sommeil et de la récupération. De nombreux signes nous l’indiquent : le temps nocturne est plus long, les animaux hibernent, la nature nous apporte des fruits secs énergétiques et riches en acides gras et des légumes fortifiants et nourrissants.

C’est donc en hiver qu’il faut principalement apporter à l’organisme un temps de repos et de récupération plus important. Mais pour beaucoup d’entre nous, la tâche semble impossible.

Tous ceux qui souffrent d’insomnie, complète ou partielle, ceux dont le sommeil est perturbé ou agité, malgré leurs efforts, ne parviennenent pas à profiter pleinement de l’opportunité qui leur est offerte en hiver. Pire, ils se sentent souvent piégés dans un cercle vicieux : « Je n’arrive pas à dormir parce que je sais que je ne vais pas y arriver ». La solution allopathique, à base de somnifères, aussi efficace qu’un coup de gourdin leur apporte un semblant de réponse, mais elle est accompagnée d’une accoutumance nocive et ne fait que dissimuler le problème de fond. Les plantes, elles, le révèlent et offrent la meilleure solution pour le résoudre.

Le sommeil : un phénomène « lumineux »

Le sommeil est un phénomène cyclique qui se déclenche à phase régulière. Il est directement lié à la variation de la lumière du jour. L’épiphyse enregistre ce cycle et chaque soir déclenche le besoin de dormir. Les recherches du Dr Reiter ont révélé que c’est la quantité et l’intensité de lumière reçue pendant la journée qui détermine la force selon laquelle ce phénomène agit. Une forte quantité de lumière le jour favorisera un meilleur déclenchement du sommeil. C’est que l’épiphyse sécrète de la mélatonine, qu’elle fabrique et stocke dans la journée, et qu’elle libère le soir en lien avec la baisse de la luminosité.

Pour favoriser un bon sommeil, il faut donc en journée rechercher la lumière du jour, profiter de l’exposition au soleil et n’utiliser des lunettes protectrices que face à un ensoleillement vraiment trop fort. De même, en soirée, chez soi, il faut tamiser les lumières artificielles progressivement pour imiter le soleil se couchant. Ensuite, penser à se coucher à une heure régulière, assez tôt en soirée.

Les légumes d’hiver qui favorisent le sommeil

Dans l’alimentation, il y a plusieurs aliments d’hiver, de saison, qui vont dans le sens de l’activité nocturne : tout d’abord la laitue, puisque toutes les plantes du genre Lactuca, ont un suc blanchâtre qui est réputé, sous forme concentrée, pour être un calmant nerveux et un hypnotique. Les salades seront donc bienvenues le soir en entrée. Que ce soient des scaroles, des romaines, des endives ou tout simplement des laitues.
On rajoutera avec intérêt une autre plante, qui se déguste aussi en salade, mais d’une parenté botanique avec la valériane (voir plus loin). Il s’agit de la mache, une petite herbe qui croit en hiver dans les champs cultivés et qui profite de l’après moisson automnale pour se développer.

Le tilleul, à la bonne dose !

Le tilleul est sans doute la plus connue des plantes somnifères. Mais on sait moins que la bractée du tilleul (qui est une membrane qui sert de support à la fleur) peut parfois provoquer un effet inverse à celui recherché. Mes observations m’ont appris que parfois une infusion trop forte empêchera le sommeil, et que certaines personnes, peut-être plus sensibles que d’au-tres, ne pourront que difficilement s’endormir après avoir consommé une infusion de cette plante. Heureusement, ces cas sont rares, mais dans le doute, pour mieux se connaître, il peut être intéressant d’en faire l’expérience volontairement pour s’assurer, le jour venu, de son effet bénéfique.

Le coquelicot en utilisation ponctuelle

Le coquelicot est une plante de la famille des papavéracées, la famille du pavot. Cette simple énonciation suffit à faire comprendre que le coquelicot disposera de vertus proches, mais en moins fort, de celles du pavot somnifère. C’est en effet une plante réputée somnifère et hypnotique.
On utilisera ses pétales qui donneront une couleur rouge foncé à l’infusion. D’un goût très doux, de vertus fortes mais inoffensives, on pourra recommander cette plante ponctuellement même chez le jeune enfant. On l’utilisera aussi avec intérêt pour ses vertus émollientes, calmantes et adoucissantes de la gorge. Le coquelicot fait partie de la tisane du chanteur, dite tisane pectorale ou des quatre fleurs (qui en contient en réalité sept). Le mot coquelicot a un lien étymologique avec la coqueluche, et une infusion de quelques pétales calmera efficacement les quintes de toux du soir ou de la nuit. On utilisera donc avec logique les pétales de coquelicot plutôt le soir que le matin et quelques pétales suffiront pour un bol.

L’oranger pour les petits et les grands

L’oranger nous offre plus de choix, puisqu’on peut utiliser les pétales ou les feuilles. Le plus réputé, mais aussi le plus cher est le pétale. Il donnera plus de goût, et pourra se prendre seul pour bien profiter de sa fragrance subtile, agréable et apaisante. On utilisera au contraire avec profit la feuille en association avec d’autres plantes. L’oranger est un calmant nerveux efficace chez les petits comme chez les grands.

Valériane ou passiflore selon votre tempérament

Bien sûr, quand on parle du sommeil et des plantes qui y sont liées, on ne peut s’empêcher de penser en premier lieu à la valériane ou à la passiflore. Si leurs actions sont effectivement bien reconnues comme somnifères plus ou moins doux, un autre choix est souvent possible. D’autant qu’on oppose souvent la valériane et la passiflore comme étant deux plantes agissant sur des tempéraments opposés. La valériane sera préférée chez une personne au profil maigre et nerveux, la passiflore dans le cas d’une personne enrobée et calme.
Mais si la passiflore n’entraîne à la longue aucune dépendance ou effet somnifère, il n’est pas rare de voir des personnes prenant de la valériane reconnaître au bout de quelques semaines de prises que sans une petite infusion de cette racine le soir, ils ne trouveront pas le sommeil…
Pour ces deux plantes une cuillère à café de plantes (pour la passiflore) ou de racine coupée (pour la valériane), avec une infusion de quelques minutes, donneront dès le premier soir un résultat tangible. Leur action intervient aisément dans l’heure qui suit la prise.

Réguler les troubles du système digestif

Bien d’autres plantes sont réputées pour leur action positive sur le sommeil et les recueils de « recettes de grand-mères » en sont pleins. On pourrait ici citer par exemple la mélisse, l’aspérule odorante, le boldo, le houblon, la marjolaine ou encore l’anis. Mais pour bien comprendre comment ces plantes agissent, il est important de rappeler que les troubles du sommeil ont souvent pour cause un trouble digestif. Ce qui étonne souvent. La nuit est une période de repos pour le corps et aussi pour le système digestif. D’ailleurs ne dit on pas que le matin on « dé-jeûne » ? N’est-ce donc pas que l’on a jeûné pendant la nuit ? C’est en tout cas ce que la physiologie de notre corps devrait faire : un jeûne de quelques heures avec pour conséquences la remise des pendules à l’heure. Et gare à celui qui ne le fait pas, car pour peu que son foie décide de le lui signifier, il verra son sommeil s’interrompre vers 3 ou 4 heures du matin, ce que la médecine traditionnelle chinoise attribue directement à l’organe hépatique.

On fera préparer la formule suivante chez son herboriste :

-Mélisse citronnelle 20 g,
- Coquilles de marjolaine 20 g,
- Aspérule odorante 30 g,
- Feuilles de boldo 10 g,
- Cônes de houblon 5 g,
-Graines d’anis vert 15 g.

Laisser infuser 5 à 10 mn. On prendra une infusion de ce mélange, chaque soir, aussitôt après le repas, pendant une semaine, à raison d’une cuillérée à café de plantes pour un bol.

Les plantes citées ci-dessus auront une double action sur le sommeil, d’une part par une action calmante nerveuse, mais surtout par une action tonique des fonctions digestives et notamment du foie. On aura donc intérêt à utiliser une formule de ce type en infusion aussitôt après le repas du soir, ce repas étant lui-même pris tôt en soirée afin que cette période digestive soit courte et cède la place au plus vite à une période nocturne de jeûne, qui est garante d’un bon sommeil.

 

Plantes adaptogènes une autre approche

Peut-on avoir une autre approche du problème de l’insomnie sans que l’on dise simplement que c’est le surmenage ou le stress ? La réponse tient dans la faculté de certaines plantes à nous adapter aux situations difficiles. On les appelle les plantes adaptogènes, parce qu’elles favorisent la réponse devant des facteurs de stress. Face au problème du manque ou d’un trouble de sommeil, la réponse n’est pourtant pas si évidente. En règle générale, une plante adaptogène a la réputation d’être tonique, de favoriser la réactivité, la combativité et la volonté d’aller de l’avant. A priori, elle ne favoriserait pas une phase de décontraction pouvant induire un bon sommeil. Et pourtant si… Car si une plante adaptogène est une plante réputée tonique, elle n’est en tout cas pas une plante excitante comme le serait le café, le thé, le maté ou la guarana. Son effet tonique peut, en effet, être un équilibrant des fonctions physiologiques fondamentales du corps. C’est ce qui se passe avec le millepertuis, capable de sensibiliser davantage l’épiphyse au profit d’une plus grande sécrétion de mélatonine le soir. C’est ce qui se passe aussi avec la Withania somnifera, qui favorisera les mécanismes de récupération (détente, sommeil, décontraction profonde) chez une personne au profil nerveux à tendance à l’épuisement. C’est le cas pour le kudzu à son tour, modérateur nerveux et qui évitera des comportements ou des réactions du genre « vite, il me faut un verre d’alcool, une cigarette ou tout autre élément addictif » qui finalement perturbera l’arrivée du sommeil. Dans les cas d’accoutumance aux somnifères, le kudzu sera également d’une grande aide.

Rhodiola rosea

C’est enfin l’exceptionnelle rhodiola rosea qui saura soutenir un effort au travail, qu’il soit physique ou nerveux, intellectuel ou créatif et en échange, aidera à se décontracter dès qu’on se mettra en phase de repos ou de relaxation.
Le millepertuis s’utilisera à raison d’une ou deux gélules en cours de soirée pour une action chaque soir sur ce mécanisme épiphysaire. Le kudzu, pourra s’utiliser aussi en prises ponctuelles ou en cures régulières selon les besoins. Les effets de bien-être sont optimisés avec la rhodiola (2 à 3 gélules) par des cures de 7 à 10 jours renouvelables. La Withania somnifera est par contre une plante avec laquelle je vous suggère de faire des essais préalables qui indiqueront les meilleurs moments de prises au cours de la journée.

Les Français sont les recordmen mondiaux de la consommation de somnifères. Pourtant aucun gène ne les prédispose plus que leurs voisins à l’insomnie. Cette propension à se droguer pour trouver le sommeil tient sans doute autant à la confiance aveugle qu’ils font à la production de laboratoires pharmaceutiques qu’à leur ignorance des ressources de la nature dans ce domaine. Il est plus que temps qu’ils ouvrent enfin les yeux.

 

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