Le cancer perd son grand ennemi

Il avait 91 ans. Nous l’avions interviewé il y a deux ans et son indignation, tout autant que son espoir de voir un jour « la vérité triompher », restaient intactes. « On aurait pu épargner des millions de vies si l’on avait bien voulu m’écouter dès les années 1980. Mais l’argent domine tout et mes protocoles de prévention dérangeaient. J’en suis convaincu, on finira par entendre. »

La vérité d’André Gernez ? Elle prend forme dans ses combats contre la fatalité face à la maladie. Les cancers en tout premier lieu et les maladies neurodégénératives ensuite. Comment ? À partir des modèles de compréhension de ses maladies en s’appuyant sur ses découvertes sur les cellules souches ; d’une vision originale de la multiplication des cellules délétères et d’un protocole très poussé de prévention, prévention qui mérite du coup vraiment son nom.

Ce scientifique de génie se considérait comme un « chercheur amateur ». Bachelier à 15 ans, il obtint une dérogation pour entrer en médecine aussi tôt. Son intelli- gence et ses recherches à partir d’anciens travaux restés méconnus lui permettent de très vite remettre en question les postulats fondamentaux de la biologie de l’époque. Dès 1966, il récuse le dogme, admis alors par tous, du double cycle cellulaire. Il fonde ainsi le concept de cellule génératrice ou « souche ». À partir d’un constat essentiel, (« les cellules qui se divisent ne sont pas les même que celles qui travaillent »), il imagine des mécanismes de prévention, à partir notamment de protocoles et de régimes réguliers afin de tuer dans l’œuf les cellules potentiellement dangereuses dont nous sommes tous porteurs. Reconnu sur ses fondements théoriques, il dérange cependant l’establishment et ses travaux n’aboutissent pas à des applications effectives. « L’institution cancérologique enseigne pourtant qu’un cancer a une vie cachée de huit ans. Mais l’idée qu’il faille intervenir durant cette vie cachée n’émerge nulle part. Mais nous œuvrons toujours pour que de nouveaux chercheurs s’emparent de ses travaux », résume le Dr Jacques Lacaze qui dirige une association (sobrement nommée Association pour André Gernez) dont le but est de faire enfin entendre la vérité qui dérange du chercheur disparu.