Les plantes font la fête. Et nous, que faisons-nous ?

Le sapin, le houx, le gui seront bientôt célébrés dans toute la France. Sans eux, les fêtes de fin d’année ne seraient pas complètes. Et d’ailleurs quelle fête serait complète sans les plantes qui lui sont associées ? Païenne ou religieuse, moderne ou antique, triste ou gaie, chaque célébration a sa plante symbolique : le muguet au 1er mai, les roses à la Saint-Valentin, les pommes pour Rosh Hashana, les dattes au Ramadan, les chrysanthèmes à la Toussaint, les citrouilles à Halloween…

Ce sont les plantes qui expriment en effet le mieux la signification de chaque fête. D’abord parce qu’elles l’illustrent, elles en sont le « logo », comme le trèfle l’est, par exemple, pour la Saint-Patrick. Elles enrichissent également le sens de la fête en lui donnant une autre dimension : le laurier des victoires est symbole d’héroïsme, mais aussi de sagesse et de paix. Elles renvoient enfin à des célébrations plus anciennes, disparues ou trop lointaines pour que nous nous en souvenions. Quelques-uns d’entre nous savent que le gui sous lequel nous nous embrassons au jour de l’An est le même que celui que les druides célébraient au cours de la sixième nuit du solstice d’hiver, mais qui sait que le baiser sous le gui est également une tradition galloise et norvégienne. Nous en avons à peine conscience et seule la boule de gui semble capable de nous rappeler ce passé universel.

Le pouvoir symbolique des plantes, si essentiel à la transmission des cultures, s’efface ainsi progressivement de nos mémoires. À Noël, le sapin ou l’épicéa croule sous les guirlandes et les ampoules électriques au point qu’il disparaît, le rouge du costume de Père Noël (qui a été inventé par Coca-Cola) occulte celui des baies de houx, l’orange que l’on plaçait dans les souliers a été remplacée par un téléphone portable…

Les cadeaux simples de la nature, leur symbolique et leur message n’ont plus de prix à nos yeux. Vis-à-vis d’elle, nous ne nous sentons pas même redevables de quoi que ce soit. Que lui avons-nous offert depuis cinquante ans ? La destruction systématique de ses espèces, la surexploitation de ses ressources, le mépris de ses équilibres. Habitués à trop de générosité de sa part, nous sommes maintenant ses enfants gâtés, exigeants et malpolis.

Il y a tant d’autres causes à défendre en urgence, me direz-vous. Tant de misères, humaines ou animales, qui devraient, en priorité, occuper nos esprits et motiver notre sollicitude. Mais il ne s’agit pas ici de faire acte de pitié, ni même de sauver la planète. Il s’agit seulement de comprendre que les plantes sont notre lien avec le passé, qu’elles sont le nœud où les racines des peuples s’entremêlent, qu’elles portent en elles ce « sens » que beaucoup d’entre nous cherchent à rendre à leurs actes. Elles ont quelque chose à nous dire. Écoutons-les avant qu’elles n’aient plus personne à qui parler.

Jean-François Astier