Les médicaments en vente libre, une vraie fausse-piste ?

Depuis le 1er juillet dernier, plus de 200 médicaments sont passés « devant le comptoir » dans les pharmacies. Cela signifie que ces remèdes sont maintenant à la disposition de tous. Cette initiative est présentée comme l’expression de la volonté du gouvernement de responsabiliser les patients pour leur permettre « de prendre en charge leurs pathologies bénignes sans avoir systématiquement recours à un médecin ». L’objectif est louable, mais dans les faits, le « libre service » suscite quelques doutes.


 

D’abord parce que beaucoup de ces 217 médicaments n’étaient déjà pas (ou plus) remboursés et ne nécessitaient donc pas d’ordonnance du médecin pour être délivrés. Le pharmacien exerçait théoriquement un contrôle, mais il le faisait rarement. En gros, donc, rien n’a changé puisque le pharmacien se doit toujours de conseiller sa clientèle.

L’autre explication invoquée est que le gouvernement espère une baisse des prix en favorisant la concurrence. Car les prix seront indiqués dans les rayons et non plus au comptoir au moment de payer… Mais on peut parier que certains remèdes proposés devant le comptoir seront vendus plus chers que leurs homologues vendus sous un nom proche, derrière le comptoir, c’est-à-dire sur conseil du pharmacien ou ordonnance du médecin. Cela s’est déjà vu !

Mais la conséquence la plus grave du libre-accès touche les utilisateurs eux-mêmes. Car, si bon nombre des médicaments mis en libre accès ne posent guère de problème, il n’en est pas de même pour certains d’entre eux.

Par exemple, les dérivés nicotiniques (pour l’arrêt du tabac) dont il faut éviter l’usage en cas d’angine de poitrine. Ou encore les anti-inflammatoires et l’aspirine qu’on ne doit pas prendre en cas de problèmes gastriques, intestinaux ou de prise d’anticoa­gulant.
De même, l’utilisation prolongée (ou/et à des doses trop élevées) de certains remèdes peuvent aussi être nocifs. C’est le cas :

  • des pommades à la cortisone utilisées en cas d’eczéma ou de psoriasis, avec le risque que la cortisone passe dans le sang ;
  • des pansements anti-acides riches en aluminium : un métal nocif pour le cerveau ;
  • des antidiarrhéiques puissants utilisés en cas de colite chronique ;
  • de certains antinauséeux qui auront des effets sédatifs nerveux ;
  • du Minoxidil (contre la chute des cheveux) qui induira des phénomènes vasculaires

Tout ceci montre combien une bonne information est essentielle pour savoir bien utiliser tous ces remèdes… Il faut également noter que certains des médicaments mis en libre service sont par ailleurs encore remboursés si ils sont prescrits par un médecin ce qui rend cette réforme encore moins claire.