Le Français, bonnet d‘âne de l’automédication

Ce n’est plus un scoop depuis longtemps, mais il faut le répéter : les Français sont toujours les plus gros consommateurs de médicaments en Europe.


C’est en France que les ventes de médicaments par habitant sont les plus élevées (284 euros) devant l’Allemagne (244 euros), et l’Italie, l’Angleterre et l’Espagne (200 euros). Les médicaments les plus consommés sont destinés à traiter les maladies cardiovasculaires, les troubles nerveux (anxiolytiques et antidépresseurs) et les maladies digestives (antiacides, antispasmodiques). Et c’est sans surprise que l’on retrouve en tête les personnes âgées avec plus d’1,5 million de plus de 65 ans prenant sept pilules au moins chaque jour !

Champions d’Europe de la consommation, nous sommes pourtant étrangement les Européens qui recourent le moins à l’automédi­cation (en valeur, comme en volume). Les meilleurs dans ce domaine sont les Suisses et nous sommes loin derrière les Grecs qui nous précèdent à l’avant-dernière place.

Dans les pays anglo-saxons, très en avance sur nous dans ce domaine, l’accent est mis sur la responsabilisation du patient, considéré comme apte à se traiter pour des pathologies mineures. En France, au contraire, la consultation d’un praticien pour des pathologies bénignes est plus systématique, d’autant qu’elle ouvre droit au remboursement des médicaments prescrits.

Par ailleurs, les enquêtes menées auprès des consommateurs indiquent que ceux-ci confondent souvent les produits d’auto-médication et les produits non remboursés (c’est-à-dire soupçonnés de n’avoir qu’une efficacité thérapeutique réduite, voire nulle). La prescription médicale étant, a contrario, un gage d’efficacité.

Le plus étonnant est sans doute la perception que les Français ont de leur manière de se soigner. À l’occasion d’une enquête Afipa-Sofres, 80 % des sondés déclaraient avoir recours à l’automédication, plus ou moins fréquemment, pour régler leurs problèmes de santé bénins (rhume, maux de tête, constipation). Et 80 % des personnes interrogées affirmaient que le problème face auquel elles avaient eu recours à l’automédication avait été résolu…

On le voit, il faudra faire un gros effort d’explication pour convaincre les Français de prendre en mains, réellement, le traitement de leurs petits bobos. Et c’est au pharmacien que reviendra sans doute le devoir de les éduquer