Intoxication in utero : les femmes enceintes ne sont pas au parfum

Bien à l’abri dans le ventre maternel ? Les foetus le sont de moins en moins ! On savait bien que les femmes enceintes, malgré toutes les précautions qu’elles peuvent prendre n’échappaient pas aux effets délétères des centaines de milliers de substances chimiques en circulation, mais on pouvait espérer que les fœtus étaient néanmoins plus ou moins protégés par la barrière placentaire. Ce n’est pas le cas !

Un rapport de Greenpeace/WWF, intitulé « Toxiques en héritage », démontre que c’est par le sang et le cordon ombilical qu’ils s’intoxiquent. L’étude commandée par les deux associations a procédé à l’analyse du sang de 42 mères et de 27 cordons ombilicaux. Ses conclusions mettent en évidence la transmission involontaire de la mère à l’enfant d’un nombre effarant de substances chimiques dangereuses ou soupçonnées de l’être. C’est une véritable panoplie du petit chimiste que la maman lui offre avant même sa naissance.

On y trouve pêle-mêle : des retardateurs de flamme, des plastifiants, des composés entrant dans la fabrication des produits d’entretien ou des poëles en téflon, des antibactériens employés dans l’agriculture... L’étude démontre clairement que de nombreux  produits interdits à la commercialisation depuis de longues années sont encore présents dans le sang des mamans ou dans le cordon ombilical : c’est le cas de certains muscs artificiels employés dans les cosmétiques et interdits il y a dix ans, de composés d’alkylphénols (interdits en Europe) ou de pesticides jugés si toxiques qu’ils font l’objet d’une interdiction d’emploi à l’échelle mondiale (on a retrouvé du DDT dans la totalité des échantillons de sang !).

La démonstration de Greenpeace, inquiétante, devient carrément révoltante lorsque l’on sait que nombre de ces substances chimiques nocives que l’on retrouve dans le sang des mamans sont présentes dans les parfums, cosmétiques, ou produits d’hygiène que les femmes emploient chaque jour. Les fabricants de savons, de dentifrices, ou de parfums sont en effet de gros consommateurs de substances chimiques de toutes sortes, dont certaines sont déjà connues pour leur nocivité. Parmi eux, de nombreux  industriels qui commercialisent des marques de luxe ou des marques qui se targuent, à grand renfort de pubs à la télévision, de commercialiser des produits « naturels ». On commence d'ailleurs à rattacher tout un tas de maladies à l'emploi quotidien de ces produits comme l'endométriose, par exemple, dont la cause reste encore méconnue.

La toxicité des parfums a d’ailleurs fait l’objet d’un autre rapport de Greenpeace (« Parfum de scandale »), publié au printemps, qui stigmatisait la large utilisation de muscs synthétiques et de phtalates par l’industrie du parfum. Avec, en vedette, le nouveau parfum de Jean-Paul Gautier, baptisé « le Mâle », chargé en DEP et en muscs synthétiques ou le White Musk de The Body Shop (où le musc synthétique correspond à 9,4% du poids du produit).
Bien entendu, les industriels concernés rappellent que les effets néfastes de ces substances chimiques sur la croissance et le développement des enfants à naître restent inconnues. Mais sans attendre les preuves scientifiques irréfutables, on peut soupçonner que l’exposition continuelle du fœtus à un mélange complexe de substances chimiques persistantes, bioaccumulables et bioactives, même à de faibles doses, n’est pas un bon moyen d’aider nos enfants à entrer dans la vie.

Et, comme le soulignent de nombreux scientifiques, même si les effets sanitaires négatifs sont extrêmement faibles pour un individu moyen, même s’ils sont à peine visibles, si l’on envisage le problème à l’échelle de l’ensemble de la population, le résultat est effrayant.