• Le randonneur gourmet

Du chasseur-cueilleur au randonneur-gourmet

À l’école, on nous apprend dès le plus jeune âge que l’homme a vécu de la chasse et de la cueillette pendant trois millions d’années avant de devenir, il y a à peine 10 000 ans, un agriculteur. L’image des premiers hommes est, depuis l‘école primaire, gravée dans nos esprits avec leurs peaux de bêtes, tenant à la main un gros os dégoulinant de chair sanglante.


Les anthropologues sont pourtant tous d’accord pour admettre que le chasseur-cueilleur était en fait principalement végétarien et que l’agriculture n’a été, pendant plusieurs milliers d’années, qu’une exploitation raisonnée et intelligente des ressources que la nature mettait à notre disposition. Ainsi, bien qu’on ait du mal à l’admettre, il apparaît que l’humanité, jusqu’à une période très récente, s’est nourrie presque exclusivement de plantes sauvages glanées, de manière plus ou moins systématique, dans son environnement proche.

Chez nous, ce n’est qu’à partir du Moyen-âge que l’alimentation de l’homme a véritablement basculé, lorsqu’elle est devenue un signe extérieur de richesse. Tandis que les nobles se reconnaissaient à leur alimentation fastueuse composée de gibiers et de viandes, de pain blanc, mais aussi de fruits et légumes rapportés des quatre coins du monde, le rustaud était, lui, un mangeur de racines et de céréales brutes. L’apparition de l’industrie fit le reste. Les paysans, devenus ouvriers, n’eurent de cesse que de manger comme des bourgeois et d’oublier, très vite, ce que des millions d’années d’expérience de la cueillette sauvage leur avait appris.

On découvre seulement aujourd’hui tous les effets pervers de cette évolution. Et beaucoup se désolent de son caractère irréversible. Mais, est-ce si irréversible que cela ? Quelques passionnés ont en effet pris soin de conserver et d’enrichir le précieux patrimoine alimentaire de l’homme ancestral. Isolés et moqués au début, ils sont aujourd’hui de plus en plus sollicités et reconnus. Je pense en particulier à François Couplan, remarquable professeur en alimentation sauvage et auteur de nombreux ouvrages de référence sur le sujet, mais aussi à beaucoup d’autres qui, dans les parcs naturels ou dans les grands espaces restés vierges, organisent des stages de cueillette, ou des randonnées culinaires. Il y a aussi de plus en plus de chefs cuisiniers - Marc Veyrat a fait beaucoup d’émules - qui accomodent les plantes sauvages pour vous les faire déguster.

Je ne saurai trop vous conseiller de profiter du retour des beaux jours pour tenter l’expérience de la cueillette, pour lire leurs livres, suivre leurs conseils ou leur emboîter le pas. Le chasseur-cueilleur est mort en nous depuis longtemps, mais pourquoi ne pas devenir un randonneur-gourmet ? Peu importe le chemin que nous suivrons, pourvu qu’il nous ramène chez nous.


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