Pour en finir avec l’eau de javel

L’efficacité ne suffit plus aux petits génies du marketing qui sévissent dans les grands groupes industriels que sont Johnson, Reckitt Benckiser. Alors, ils ont inventé de nouvelles qualités au gel WC : désodorisant, assainissant, dégraissant, et surtout aseptisant. Or, au royaume de l’aseptisation, l’eau de javel est reine. Pour satisfaire notre phobie des microbes (fabriquée de toutes pièces par les génies du marketing), les fabricants conventionnels en mettent à toutes les sauces.

En réalité, la « javel » est inutile pour nettoyer les toilettes. De plus, au bout de quelques heures, l’activité de l’eau de javel s’estompe et les bactéries reviennent en force ! L’utilisation de la chasse et de la brosse vient à bout déjà d’une grande partie des bactéries et les huiles essentielles et l’acide acétique (vinaigre) possèdent des propriétés aseptisantes largement suffisantes.

Par ailleurs, l’eau de javel ne nettoie pas. Elle désinfecte simplement et au mieux, grâce à ses agents blanchissants, elle décolore les tâches qui deviennent alors invisibles sans avoir pour autant disparu. Surtout, à force de partir à la chasse aux microbes, l’eau de javel en bandoulière, on bouleverse l’équilibre bactérien et permet à des bactéries plus résistantes, souvent pathogènes de prendre le pas sur les autres.

Ultime aberration : lorsque l’eau de javel entre en contact avec l’acide urique (urine) et les produits détartrants, elle dégage un gaz extrêmement toxique (il a été utilisé lors de la Première Guerre mondiale en tant que gaz de combat), le dichlore. Et pour en finir avec l’eau de javel, sachez que, non contente d’être dangereuse pour notre santé, elle l’est également pour l’environnement puisqu’elle contribue à former des composés organochlorés qui s’accumulent dans la chaîne alimentaire et ont des effets mutagènes et cancérigènes probables.

Anne-Sophie Michat